chapitre8 LES CONTEXTES ÉPISTÉMOLOGIQUES

Quand on cherche les conditions psychologiques des progrès de la science, on arrive bientôt à cette conviction que c'est en termes d'obstacles qu'il faut poser le problème de la connaissance scientifique. […] C'est dans l'acte même de connaître, intimement, qu'apparaissent, par une sorte de nécessité fonctionnelle, des lenteurs et des troubles. En fait, on connaît contre une connaissance antérieure, en détruisant des connaissances mal faites, en surmontant ce qui, dans l'esprit même, fait obstacle à la spiritualisation. (1)

Objet des sciences de la nature : la matière en mouvement, les corps. Les corps sont inséparables du mouvement… ; leurs formes et leurs espèces ne se reconnaissent qu'en lui ; il n'y a rien à dire des corps en dehors du mouvement, en dehors de toute relation avec d'autres corps.. La science de la nature connaît donc les corps en les considérant dans leurs rapports réciproques, dans le mouvement. (2)

chapitre8b L'obstacle épistémologique de la linéarité

En 1961, les biologistes Jaques Monod et François Jacob publient deux articles dans la même revue (1). Le premier qui allait leur valoir le prix Nobel, ouvrait la voie à l'utilisation de la génétique bactérienne pour l'étude des régulations génétiques. Il s'agissait de comprendre la manière dont les gènes permettent et régulent la synthèse des protéines et par là des fonctions vitales, découverte qui allait être un élément majeur du développement de la biologie moléculaire. Le deuxième article en revanche, encore méconnu à ce jour, s'intéressait aux aspects dynamiques de ces régulations, c'est-à-dire au-delà des fonctions, aux fonctionnements, et avait déjà prévu bien des comportements non-linéaires de ces dynamiques.

 

chapitre8c Inter/Trans-disciplinarité, Réductionnisme et Holisme

La nouveauté de ce continent que représente le complexe ne va pas sans polémiques, même entre les participants de l'aventure du complexe. Ces polémiques sont souvent d'avantage d'ordre idéologique qu'épistémologique et, comme nous le verrons, elles peuvent aussi émaner de la diversité des pratiques scientifiques impliquées dans les sciences du complexe. Mais reste posée la question purement épistémologique soulevée dans le numéro de Raison présente, celle de la transposition des concepts du complexe dans d'autres disciplines que la physique, ce qui rejoint celle la trans-disciplinarité.

 

chapitre8e Complexité et dialectique

Une pensée dialectique est suffisante pour éviter tant l'anathème que l'adhésion totale au réductionnisme comme au holisme, et pousse à en rechercher la « synthèse convenable ». Mais si elle dit ce qui est logique, donc suggère dans quelle direction il est envisageable de chercher, elle ne dit pas, elle ne peut pas dire, comment. Comme l'annonçait Marcel Prenant, les progrès mêmes de la science, vont permettre de fournir les méthodes scientifiques nécessaires à prouver cette synthèse. Et Edgar Morin de renchérir :

Ce sont les développements scientifiques les plus avancés qui nous poussent à sortir des alternatives lamentables comme ordre/désordre, (et réductionnisme/holisme, analyse/synthèse etc.), dans lesquelles s'enferment et nous enferment les simplifications autoritaires. Il s'agit, plutôt que d'opter pour deux ontologies ou deux logiques, d'ouvrir la pensée complexe du réel. (1)